Dernier né d'une tribu, son père l'a toujours détesté. Il était jeune très jeune, peut être six sept ans, lorsqu'il s'est rendu compte des différences entre les enfants et il a fini par se révolter contre tant d'injustice. De quel droit pouvait-il être détesté et rejeté alors que ses frères et soeurs se sentaient aimés voire adulés, dans ses yeux. Il voulait le punir de tant de différences et comme le père était fier des résultats scolaires de ses enfants, il faisait exprès de répondre sciemment à côté dans toutes les interrogations et leçons de l'école. Un jour pourtant il est arrivé premier de sa classe peut être pour voir pour savoir pour être sûr ou par calcul car c'était le mois de décembre, juste avant les cadeaux de noël. Mais aucun mot, aucune phrase de félicitation ou même d'estime, et pas de cadeau malgré sa place de premier !

Soit, sa décision était la bonne, il sera cancre ! Quand il connaissait les sujets abordés en classe il faisait semblant d'ignorer le thème et faisait des hors sujets qui faisait l'hilarité de tous quand le maître, puis plus tard le professeur, décidaient de provoquer l'adolescent en lisant ses textes ou ses traductions. Lui souriait du plaisir d'amuser ses copains, le niais.

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Vingt cinq ans après sa rupture paternelle intervenue bien avant ses vingt ans, il a décidé de revoir cet homme. Il l'a trouvé, vieux, usé, malade, faible. Il n'avait même plus ses petites phrases cinglantes rabaissantes toujours utilisées à son encontre ; pourtant il s'est occupé de lui, un peu, un tout petit peu, non pas par amour mais pour lui montrer, peut être, il l'ignore encore, qu'il avait eu tort de ne pas apprécier le petit enfant qu'il avait élevé. Plus tard, sans émotion particulière, il lui a acheté une concession dans une ville inhumaine et défigurée par des immeubles, une ville sans âme où il repose seul à jamais et il a fermé définitivement leurs mémoires d'une lourde pierre tombale de marbre noir ou gris foncé, sans inscription. Il n'a jamais été lui rendre visite, à quoi bon inventer des mots qui ne sauraient où se poser.

Deux ans plus tard, sa mère lui a avoué qu'il n'était pas son vrai père, que celui-ci était cet homme bon et gentil qui l'avait receuilli le jour de sa dernière fugue et à l'enterrement duquel l'enfant, devenu adulte, il y a bien longtemps, a versé des larmes de reconnaissance et d'affection. Sans savoir à l'époque qu'il enterrait son père. Marié, père d'enfants lui aussi. A cette époque, on ne divorçait pas.