Vendredi matin 5 heures 30. Il fait encore nuit. Je prends le rer à Neuilly Plaisance, banlieue du 93. Peu de monde, du bruit, des odeurs fortes, des relents de saleté des courants d'air secs, de la pauvreté par bourasques. Le train arrive dans un grincement et le souffle des pneus, la porte s'ouvre et je rentre. Un homme assis et fatigué dort la bouche entrouverte jambes étendues, il est vêtu chichement. Un autre, assis en face de lui sac de sport entre les jambes laisse son regard terne glisser sur lui à de nombreuses reprises. Deux philippines colorées, la quarantaine, debout devant la porte discutent fort et la première, durant le temps de deux stations n'a pas regardé une seule fois sa copine qui pourtant la fixe en permanence ; c'est curieux. Une jeune femme 20/23 ans très belle monte au premier arrêt téléphone à l'oreille, je suis le seul à être surpris de voir de la beauté dans cette rame, pourtant aucun regard sur elle autre que le mien mais je ne suis pas un habitué des transports en commun. Elle doit parler à son mari ou copain car elle semble intime et la conversation tourne visiblement sur des vêtements qui traînent ou dérangent, ses mots vulgaires puis rapidement orduriers démentent férocement sa beauté, elle finira par s'assoir lourdement jambes à demi écartées en râlant sur le manque de réseau et finira le voyage à essayer de refaire en vain le numéro à grands coups de doigts rageurs. Deux types à capuches venus du fond de la rame et l'air pas commode se rapprochent de moi s'arrêtent à un mètre me toisent me détaillent des pieds à la tête d'une attitude arrogante supérieure mais sous mon regard d'indifférence calculée avant de m'ignorer définitivement en entamant une discussion portant sur un de leurs potes qui n'a pas aimé la pizza d'hier soir, le boloss, le connard de première. Je suis resté debout jusqu'à l'arrivée à ma station, appuyé sur un poteau, j'ai adopté par mimétisme un regard sans vie, je suis éteint, j'ai les yeux de mes poissons.

Tous ces corps assis debout ou vautrés respirent le mal être. Chacun porte sur son visage son individualité son égoïsme sa tristesse et sa difficulté de vie. Chacun ici a appris à ignorer son voisin et ils semblent tous s'appliquer à ne pas voir les autres. 

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